X-ENS 2024, Приемен изпит, математика и физика — Задача 3. Interprétation quantique du rayonnement électromagnétique

ECOLE POLYTECHNIQUE — ECOLES NORMALES SUPERIEURES — CONCOURS D’ADMISSION 2024 — FILIERE MP - Epreuve n° 5 — PHYSIQUE (XULSR) · 17 април 2024 г.

Consignes

MERCREDI 17 AVRIL 2024 — 08h00 - 12h00

Durée : 4 heures

L’utilisation des calculatrices n’est pas autorisée pour cette épreuve

Différents aspects du champ électromagnétique : du classique au quantique

Le champ électromagnétique est à l’origine de nombreux phénomènes physiques, de la structure du proton aux amas de galaxies, dont certains sont connus depuis l’Antiquité. Pourtant, il faut attendre le XIXeˋme^{\text{ème}} siècle pour voir émerger les théories électrostatique et magnétostatique, grâce aux contributions de COULOMB, GAUSS, AMPÈRE, BIOT, etc. Suivent la compréhension des phénomènes non-statiques comme l’induction et la propagation des ondes électromagnétiques. Tous ces travaux forment la théorie classique de l’électromagnétisme, qui culmine en 1864 avec la formulation des équations de MAXWELL. Cependant, cette théorie échoue à prévoir certaines observations expérimentales comme le spectre du corps noir, l’effet photoélectrique ou encore l’effet COMPTON. Le début du XXeˋme^{\text{ème}} siècle voit ces différents problèmes résolus grâce à Max PLANCK et sa théorie des quanta, ainsi qu’à Albert EINSTEIN et son interprétation en « grains de lumière » du champ électromagnétique, supposé continu jusqu’ici. Ces grains seront appelés plus tard « photons » par Gilbert LEWIS (1926), et sont à la base d’une nouvelle interprétation du champ électromagnétique : l’interprétation corpusculaire.

Depuis maintenant plus d’un siècle, la correspondance entre les approches classique et quantique a été démontrée, et les notions de photon et d’onde électromagnétique sont aujourd’hui réunies au sein du concept de dualité onde-corpuscule. L’aspect ondulatoire est exploité dans d’innombrables applications notamment en télécommunications, et l’aspect corpusculaire continue de fasciner les physiciens, avec des prix Nobel récents liés au comportement purement quantique des photons (S. HAROCHE 2012, A. ASPECT 2022).

Ce sujet propose l’étude de différents aspects - classique et quantique - du champ électromagnétique. La première partie dresse une analogie mécanique du champ classique, et établit l’existence d’une quantité de mouvement et d’un moment cinétique qui lui sont associés. Nous étudions dans un second temps le rayonnement du corps noir, et les étapes historiques qui ont conduit à introduire la notion de photon. Enfin, nous adoptons un point de vue purement corpusculaire et étudions la statistique d’émission des photons par différentes sources de lumière.

  • Les trois parties constituant ce sujet sont indépendantes et peuvent être traitées séparément. Le sujet comporte 13 pages.
  • Les applications numériques seront effectuées avec la précision qu’un calcul à la main permet aisément, et (sauf mention contraire) sans excéder deux chiffres significatifs. Les ordres de grandeur seront donnés avec un seul chiffre significatif. Les données numériques ont été choisies pour faciliter les calculs.
  • Les références des questions abordées devront être indiquées de façon claire.
Notations, formulaire et données numériques

Constantes fondamentales et données numériques : les valeurs numériques sont données avec deux chiffres significatifs et sous forme approchées pour faciliter les applications numériques.

  • Célérité de la lumière : c≃3,0×108 m.s−1c \simeq 3{,}0 \times 10^{8}\ \mathrm{m.s^{-1}}
  • Charge élémentaire : e≃1,6×10−19 Ce \simeq 1{,}6 \times 10^{-19}\ \mathrm{C}
  • Constante de PLANCK : h≃6,6×10−34 J.sh \simeq 6{,}6 \times 10^{-34}\ \mathrm{J.s}
  • Constante de BOLTZMANN : kB≃1,4×10−23 J.K−1k_{\mathrm{B}} \simeq 1{,}4 \times 10^{-23}\ \mathrm{J.K^{-1}}
  • hc≃1,2 eV.μmhc \simeq 1{,}2\ \mathrm{eV}.\mu\mathrm{m}

Formulaire :

  • Espérance E\mathbb{E}, variance VV et écart-type ΔX\Delta X d’une variable aléatoire XX dont les valeurs discrètes {Xn}n∈N\{X_n\}_{n\in\mathbb{N}} suivent une loi de probabilité P\mathcal{P} :
E(X)=∑n=0+∞XnP(X=Xn);V(X)=E(X2)−E(X)2;ΔX=V(X) .\mathbb{E}(X) = \sum_{n=0}^{+\infty} X_n \mathcal{P}(X = X_n) \quad ; \quad V(X) = \mathbb{E}(X^2) - \mathbb{E}(X)^2 \quad ; \quad \Delta X = \sqrt{V(X)}\ .
  • Caractéristiques d’une loi binomiale de paramètres NN et pp :

    Loi de probabilité : P(X=n)=(Nn)pn(1−p)N−n\mathcal{P}(X = n) = \dbinom{N}{n} p^n (1-p)^{N-n}

    Espérance et variance : E(X)=Np;V(X)=Np(1−p)\mathbb{E}(X) = Np \quad ; \quad V(X) = Np(1-p)

  • Développement limité : (1+x)α=1+αx+o(x)(1+x)^{\alpha} = 1 + \alpha x + o(x).

Условие

Pour justifier l’aspect quantifié des échanges d’énergie dans le raisonnement de PLANCK, Albert EINSTEIN propose en 1905 une interprétation du rayonnement électromagnétique en termes de grains de lumière (qui ne seront appelés « photons » que plus tard en 1926, par le chimiste Gilbert LEWIS). Ce caractère granulaire de la lumière a permis d’expliquer un phénomène qui demeurait jusqu’alors incompris : l’effet photoélectrique, que l’on se propose d’étudier dans une première partie (III.A). Dans un second temps, on s’intéresse aux statistiques d’émission des photons suivant la nature de la source lumineuse (III.B). Enfin, nous verrons comment il est possible de caractériser expérimentalement une source en mesurant sa statistique d’émission à l’aide d’un photodétecteur adapté (III.C).

III.A Effet photoélectrique

Observé pour la première fois en 1887 par Heinrich HERTZ, l’effet photoélectrique désigne la capacité d’un rayonnement électromagnétique à arracher les électrons libres (électrons de conduction) d’un matériau conducteur. Ces électrons peuvent être collectés au sein d’un circuit électrique, ce qui permet de mesurer un courant en présence du rayonnement : on parle de photo-courant.

Afin de tester la théorie d’EINSTEIN, Robert Andrews MILLIKAN réalise en 1914 une expérience d’effet photoélectrique, qui s’avérera concluante et permettra même de déterminer la valeur de la constante hh. Le principe de l’expérience est le suivant : au sein d’une chambre à vide, il place une cathode métallique en lithium reliée à une anode au moyen d’un générateur de tension continue uu, et d’un ampère-mètre mesurant le courant ii dans le circuit, figure 4 (a). Un faisceau monochromatique issu d’une lampe à vapeur de mercure éclaire la cathode, sa longueur d’onde λ\lambda pouvant être réglée sur l’une des raies spectrales émises par la vapeur : 313 nm, 365 nm, 405 nm, 435 nm et 546 nm. La puissance lumineuse PP du faisceau est également réglable.

Pour toutes les longueurs d’onde exceptée λ=546\lambda = 546 nm, MILLIKAN mesure un photo-courant i>0i > 0 lorsqu’aucune tension n’est appliquée. En faisant varier uu pour ces longueurs d’onde, il effectue les observations expérimentales suivantes :

i) Augmenter la tension uu provoque l’augmentation du courant ii, jusqu’à une valeur de saturation IsatI_{\mathrm{sat}}. À l’inverse, ii s’annule si on réduit uu jusqu’à une valeur négative −U0-U_0 appelée potentiel d’arrêt. La courbe i=f(u)i = f(u) ainsi obtenue présente l’allure schématisée figure 4 (b).

ii) Le potentiel d’arrêt U0U_0 ne dépend que de la fréquence ν\nu.

iii) Le courant de saturation IsatI_{\mathrm{sat}} augmente avec la puissance lumineuse PP.

(a) Cellule photoélectrique : ampoule contenant une cathode et une anode, éclairée par un « Flux lumineux » ondulé ; circuit extérieur avec un ampèremètre A, un générateur de tension réglable u (bornes + et −) et le courant i. (b) Courbe i en fonction de u : nulle en −U0, croissante à travers 0 puis saturant à Isat (pointillé horizontal). (c) Graphique manuscrit de Millikan sur papier millimétré : Volts en ordonnée (de −0,2 à 1,8), Frequency en abscisse (55×10¹³ à 105), points de mesure alignés sur une droite en tirets coupant l’axe 0 à ν0 = 57,0×10¹³.
FIGURE 4 – Étude expérimentale de l’effet photoélectrique. (a) Schéma de la cellule photoélectrique. (b) Allure d’une courbe photocourant-potentiel. (c) Données expérimentales U0=f(ν)U_0 = f(\nu) relevées par MILLIKAN. L’axe vertical est gradué tous les 0,2 V et l’axe horizontal tous les 5×10135 \times 10^{13} Hz. Au niveau de l’intersection du trait plein et du trait pointillé, on lit ν0=57,0×1013\nu_0 = 57{,}0 \times 10^{13} Hz. Source : R. A. Millikan, A Direct Photoelectric Determination of Planck’s "h", Phys. Rev. 7, 355 (1916).

22. L’énergie nécessaire pour arracher un électron de conduction dans le lithium vaut W0=2,4 eVW_0 = 2{,}4\ \mathrm{eV}. Montrer en quoi l’hypothèse corpusculaire d’EINSTEIN permet d’expliquer qu’aucun photo-courant n’est mesuré pour λ=546\lambda = 546 nm. On donne hc≃1,2 eV.μmhc \simeq 1{,}2\ \mathrm{eV}.\mu\mathrm{m}.

On appelle photo-électrons les électrons qui sont éjectés de la cathode par effet photoélectrique. On suppose que ces derniers sont éjectés de la cathode avec des vitesses v→\overrightarrow{v} de même norme et de directions aléatoires.

23. Expliquer qu’en l’absence de tension uu appliquée, on observe tout de même un photo-courant non-nul. Comment évolue la situation lorsqu’on applique une tension u<0u < 0 ? Justifier alors l’appellation « potentiel d’arrêt » donnée à la tension U0U_0.

24. En considérant que l’énergie du rayonnement incident est intégralement transmise aux électrons libres de la cathode, exprimer le potentiel d’arrêt U0U_0 en fonction de ee, hh, ν\nu et du travail d’extraction W0W_0, et justifier l’observation ii).

25. La figure 4 (c) représente les mesures U0=f(ν)U_0 = f(\nu) obtenues par MILLIKAN lui-même, en relevant le potentiel d’arrêt en fonction des longueurs d’onde associées aux différentes raies du mercure. À partir de ces mesures, déterminer la valeur numérique à laquelle il est parvenu pour la constante de PLANCK hh, et estimer l’incertitude Δh\Delta h associée.

26. Justifier que le courant ii augmente progressivement à mesure qu’on applique une tension u>0u > 0 croissante et expliquer la limitation du courant à une valeur de saturation, notée IsatI_{\mathrm{sat}}.

27. On appelle rendement quantique η\eta la probabilité qu’un photo-électron soit émis lorsqu’un photon frappe la cathode. Exprimer IsatI_{\mathrm{sat}} en fonction de η\eta et justifier l’observation iii). Reproduire l’allure de la courbe (b), figure 4, pour différentes valeurs de la puissance lumineuse PP à fréquence ν\nu fixée, et proposer alors une méthode qui permettrait de déterminer η\eta pour la cathode en lithium utilisée ici.

III.B Statistiques d’émission de photons

Dans cette section, on s’intéresse à la distribution de probabilité Pn\mathcal{P}_n qui caractérise le nombre nn de photons émis par une source lumineuse pendant une durée τ\tau donnée. Deux types de sources sont étudiés : une source thermique et une source laser.

III.B.a Source de rayonnement thermique

Nous avons vu dans la section II.C que le spectre d’un corps noir porté à température TT non nulle est formé d’une superposition de modes de différentes fréquences. Dans toute la suite, on admettra que le nombre nn de photons émis à la fréquence ν\nu pendant une durée τ\tau suit une statistique de BOSE-EINSTEIN similaire à celle trouvée en question 19 pour le nombre de photons contenus dans le mode électromagnétique ν\nu. Ainsi la probabilité Pn\mathcal{P}_n qu’une source thermique émette nn photons à la fréquence ν\nu pendant la durée τ\tau s’écrit

Pn=1n‾+1(n‾n‾+1)n ,(9)\mathcal{P}_n = \frac{1}{\overline{n}+1}\left(\frac{\overline{n}}{\overline{n}+1}\right)^n\ , \qquad (9)

où n‾\overline{n} désigne le nombre de photons émis en moyenne sur une durée τ\tau.

28. Pour caractériser les fluctuations du nombre de photons autour de la valeur moyenne n‾\overline{n}, on utilise l’écart-type Δn\Delta n (défini dans le formulaire). Déterminer Δn\Delta n en fonction de n‾\overline{n}.

29. Représenter l’allure de la probabilité Pn\mathcal{P}_n en fonction de nn, en faisant apparaître qualitativement la moyenne n‾\overline{n} et l’écart-type Δn\Delta n sur le graphique.

III.B.b Source laser

On considère maintenant une source laser monochromatique de fréquence ν\nu, et de puissance constante PP. En raison de la nature corpusculaire du rayonnement, le nombre nn de photons émis pendant une durée τ\tau donnée est susceptible de fluctuer autour de sa valeur moyenne n‾\overline{n}. On définit le flux de photons Φ\Phi comme le nombre moyen de photons émis par unité de temps :

Φ=n‾τ .(10)\Phi = \frac{\overline{n}}{\tau}\ . \qquad (10)

30. Exprimer le flux Φ\Phi en fonction de la puissance incidente PP. Évaluer numériquement Φ\Phi pour une source laser de puissance P=1P = 1 mW et de longueur d’onde λ=400\lambda = 400 nm. En déduire une valeur numérique de la durée qui sépare l’émission de deux photons en moyenne pour une telle source.

De même que précédemment pour une source de rayonnement thermique, on souhaite maintenant déterminer la probabilité Pn\mathcal{P}_n que nn photons soient émis par le laser pendant une durée τ\tau, choisie suffisamment grande de sorte que le nombre de photons moyen n‾=Φτ\overline{n} = \Phi\tau soit un entier naturel bien défini.

31. En supposant que les photons sont émis indépendamment les uns des autres, et en négligeant les émissions multiples dans un intervalle de temps élémentaire δτ=τ/N\delta\tau = \tau/N (avec NN le nombre de subdivisions de la durée τ\tau et N≫n‾N \gg \overline{n}), justifier que la probabilité Pn\mathcal{P}_n suit une loi binomiale dont l’expression est donnée par

Pn=(Nn)pn(1−p)N−n .(11)\mathcal{P}_n = \binom{N}{n}p^n(1-p)^{N-n}\ . \qquad (11)

On précisera la signification physique de pp. Exprimer pp à l’aide du formulaire sachant que cette loi doit conduire à un nombre moyen n‾\overline{n} de photons émis.

33. En utilisant le formulaire, donner également l’expression de l’écart-type Δn\Delta n dans la limite N≫n‾N \gg \overline{n}. Comparer au cas d’une source de rayonnement thermique (cf. question 28) et interpréter en termes de stabilité de la source.

À partir de l’équivalent de Stirling ln⁡N!∼N→+∞Nln⁡N−N\ln N! \underset{N\to+\infty}{\sim} N\ln N - N, on peut montrer que

lim⁡N→+∞(N!(N−n)!Nn)=1 .(12)\lim_{N\to+\infty}\left(\frac{N!}{(N-n)!N^n}\right) = 1\ . \qquad (12)

34. En développant (1−p)N−n(1-p)^{N-n} dans la limite N→+∞N \to +\infty, et en utilisant le résultat (12), montrer que la statistique d’émission de la source laser tend vers une distribution de POISSON, caractérisée par sa seule valeur moyenne n‾\overline{n} :

lim⁡N→+∞Pn=n‾nn!e−n‾ .(13)\lim_{N\to+\infty}\mathcal{P}_n = \frac{\overline{n}^n}{n!}e^{-\overline{n}}\ . \qquad (13)

On admet que pour des nombres moyens de photons n‾>5\overline{n} > 5, la loi de POISSON peut correctement être approchée par une loi normale, dont la représentation graphique est une gaussienne d’écart-type Δn=n‾\Delta n = \sqrt{\overline{n}} centrée sur la moyenne n‾\overline{n}.

35. Sur le même graphique, représenter l’allure des lois de probabilité Pn\mathcal{P}_n d’un mode thermique et d’une source laser de même fréquence ν\nu telles que n‾=10\overline{n} = 10.

III.C Détection de photons et caractérisation expérimentale d’une source

Pour mettre en évidence expérimentalement la statistique d’émission d’une source de lumière, il est nécessaire de pouvoir détecter des photons uniques. Pour cela, on utilise des détecteurs qui fonctionnent sur le principe de l’effet photoélectrique étudié à la section III.A et qui permettent la conversion d’un photon en photo-électron. La collecte des photo-électrons produits permet d’accéder à la statistique d’émission des photons incidents. Nous étudions dans la suite le fonctionnement de l’un de ces détecteurs : le photomultiplicateur, et nous l’utiliserons pour caractériser expérimentalement la statistique d’émission de sources laser et thermique.

III.C.a Fonctionnement d’un photomultiplicateur

Un photomultiplicateur est un détecteur de lumière très sensible, capable de détecter des photons uniques. Il est constitué d’un tube à vide à l’intérieur duquel se trouve une cathode portée au potentiel nul, et une anode collectrice sous haute tension. La cathode et l’anode sont séparées par une série d’électrodes intermédiaires appelées dynodes. Elles sont portées à des potentiels croissants grâce à un générateur de tension continue U0U_0 (à ne pas confondre avec le potentiel d’arrêt de la partie III.A) et un circuit diviseur de tension. Deux dynodes adjacentes étant séparées par une tension ΔU=U0/k\Delta U = U_0/k où kk est le nombre de dynodes.

Sous l’effet d’un flux lumineux, des photo-électrons sont susceptibles d’être arrachés à la cathode par effet photoélectrique. Ils sont alors accélérés vers la première dynode, et provoquent en la frappant l’éjection de nouveaux électrons. Le processus se reproduit en avalanche jusqu’à ce que l’anode en sortie collecte un nombre macroscopique d’électrons. Le courant anodique total II est finalement récolté sous forme d’une tension uu sur une résistance de charge Rc=1 kΩR_c = 1\ \mathrm{k\Omega}. L’observation du signal u(t)u(t) à l’oscilloscope présente une série de pics aléatoires correspondant chacun à la détection d’un photon. Chaque pic présente une largeur typique de 20 ns correspondant au temps de réponse du photomultiplicateur. Le schéma du principe de fonctionnement du photomultiplicateur et les signaux observés sont représentés sur la figure 5.

À gauche, schéma d’un photomultiplicateur : un photon (flèche ondulée) frappe la cathode, un électron e⁻ est accéléré vers une série de dynodes avec des trajectoires en avalanche jusqu’à l’anode ; courant I dans la résistance Rc aux bornes de laquelle on mesure u ; chaîne de résistances R reliant les dynodes, tension ΔU entre deux dynodes, générateur U0 (bornes − et +), masse. Au centre, « Signal observé sur l’oscilloscope » : u(t) en fonction de t, suite de pics fins aléatoires, dont un encadré en rouge. À droite, « Signal d’un photon unique » : u(t) en fonction de t, un pic de largeur 20 ns.
FIGURE 5 – Fonctionnement d’un photomultiplicateur.
Fiche « SPECIFICATIONS ». À gauche, graphique « Linéarité » (TPMOB0217EA) en échelles logarithmiques : Γ (Hz) de 10³ à 10¹⁰ en fonction de la « Puissance lumineuse relative (sans unité) » de 10³ à 10¹² ; droite « THEORETICAL VALUE », courbe « OUTPUT COUNT » qui suit la droite jusqu’à environ 10⁷ Hz, sature vers 3×10⁷ Hz puis chute vers 10¹¹ ; courbe en escalier « OVER LIGHT DETECTION OUTPUT » passant de 0 V à +4 V. À droite, graphique « Réponse spectrale » (TPMOB0215ED) : Γ/P (Hz · pW⁻¹) de 10³ à 10⁶ en fonction de la « Longueur d’onde λ (nm) » de 100 à 900, courbes des modèles -01, -04, -110, -113 et -210.
FIGURE 6 – Spécifications du photomultiplicateur. Gauche : taux de comptage Γ\varGamma en sortie du photomultiplicateur en fonction de la puissance lumineuse relative incidente sur la photocathode. Droite : Courbes de réponse spectrale pour différents modèles de photomultiplicateurs : n°01, n°04, n°110, n°113, n°210. On signale que les réponses des modèles n°110 et n°113 coïncident pour des longueurs d’onde supérieures à 300 nm.

36. On suppose que lorsqu’un électron frappe une dynode, deux nouveaux électrons sont éjectés. Estimer numériquement la hauteur umaxu_{\mathrm{max}} d’un pic de tension occasionné par l’arrivée d’un photon, pour un photomultiplicateur contenant k=20k = 20 dynodes. On donne 220≃1062^{20} \simeq 10^6.

37. Le circuit diviseur de tension est composé de kk résistances identiques RR en série. Sachant que l’alimentation haute tension délivre une puissance continue de 2 W, déterminer la valeur de RR pour assurer une différence de potentiel ΔU=100\Delta U = 100 V entre deux dynodes successives. Estimer l’énergie cinétique que cela permet de communiquer aux électrons secondaires avant leur impact sur une dynode. Comparer cette énergie au travail d’extraction d’une dynode en phosphure de gallium : WGaP=2,2W_{\mathrm{GaP}} = 2{,}2 eV.

38. On définit Γ\varGamma le taux de comptage en sortie du photomultiplicateur comme le nombre moyen de photons détectés par unité de temps, exprimé en Hz. Donner Γ\varGamma en fonction de la puissance incidente PP, du rendement quantique η\eta (défini à la question 27) et de l’énergie d’un photon de fréquence ν\nu.

39. En exploitant la courbe de réponse spectrale ΓP=f(λ)\dfrac{\varGamma}{P} = f(\lambda) représentée sur la figure 6, estimer numériquement η\eta pour un rayonnement incident de longueur d’onde 400 nm, et pour le modèle de photomultiplicateur n°110.

40. Au regard du signal correspondant à la détection d’un photon unique, expliquer pourquoi le domaine de linéarité du photomultiplicateur est limité par son temps de réponse fini. Estimer alors le taux de comptage maximum au-delà duquel la réponse du photomultiplicateur n’est plus linéaire. Comparer aux spécifications de la figure 6. En déduire la puissance lumineuse maximale PmaxP_{\mathrm{max}} qui ne doit pas être dépassée pour demeurer dans le régime linéaire avec un rayonnement à 400 nm. Commenter cette valeur.

III.C.b Mesure de la statistique d’émission d’un laser

Nous utilisons le photomultiplicateur précédent pour mettre en évidence la statistique poissonnienne qui caractérise une source laser (obtenue à la question 34). On utilise pour cela un laser à argon fonctionnant à 400 nm, dont la puissance est atténuée à 0,1 pW au moyen d’un filtre absorbant. Pour une fenêtre de détection de durée τ\tau, un circuit électronique permet de compter les pics de tension en sortie du photomultiplicateur et ainsi convertir la tension u(t)u(t) en un compte de photons nn.

41. Calculer numériquement le compte moyen n‾\overline{n} et l’écart-type Δn\Delta n auxquels on s’attend pour une fenêtre de détection de durée τ=0,1 s\tau = 0{,}1\ \mathrm{s} sachant que le rendement quantique du photomultiplicateur vaut 25%.

On définit le rapport signal-sur-bruit (SNRSNR pour signal-to-noise ratio) par le rapport des comptes moyens de photons sur l’amplitude typique des fluctuations :

SNR=n‾Δn .(14)SNR = \frac{\overline{n}}{\Delta n}\ . \qquad (14)

42. Proposer un protocole permettant de déterminer si le laser à argon présente bien une statistique d’émission poissonnienne.

III.C.c Mesure de la statistique d’émission d’une source thermique

On cherche ici à mettre en évidence de façon expérimentale la statistique de BOSE-EINSTEIN, définie par l’équation (9), qui caractérise l’émission de photons par une source de rayonnement thermique. On considère pour cela le rayonnement issu d’une lampe à filament de tungstène, pouvant être assimilée à un corps noir dont le maximum d’émission se situe dans l’infrarouge λ0=1 μm\lambda_0 = 1\ \mu\mathrm{m}. La largeur spectrale pouvant être détectée par le photomultiplicateur vaut typiquement Δλ=300\Delta\lambda = 300 nm.

43. Exprimer le temps de cohérence τc\tau_c de la lumière émise par la lampe, en fonction de ses caractéristiques spectrales. L’estimer numériquement.

44. En admettant que le temps de cohérence d’une source polychromatique correspond au temps caractéristique de ses variations d’intensité, expliquer pourquoi il est très difficile de mettre en évidence les grandes fluctuations du nombre de photons prévues par la statistique de BOSE-EINSTEIN pour une telle lampe.

45. L’expression de l’écart-type Δn\Delta n trouvée pour une source thermique à la question 28 suppose un rayonnement monochromatique. On peut montrer que pour une superposition de NmN_m modes de fréquences différentes, l’écart-type devient

Δn=n‾+n‾2Nm .(15)\Delta n = \sqrt{\overline{n} + \frac{\overline{n}^2}{N_m}}\ . \qquad (15)

Justifier que pour un rayonnement thermique ayant un spectre large, la distribution de BOSE-EINSTEIN initialement prévue tend vers une distribution de POISSON. Proposer un lien entre ce résultat et le constat réalisé à la question précédente (44). Comment pourrait-on obtenir une source de lumière qui présente une statistique de BOSE-EINSTEIN aux temps de détection accessibles expérimentalement ?

Решение

Внимание: Непълно решение

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