X-ENS 2021, Приемен изпит, физика и химия — Задача 1. Mécanique de la cellule

ECOLE POLYTECHNIQUE - ESPCI — ECOLES NORMALES SUPERIEURES — CONCOURS D’ADMISSION 2021 — FILIERE PC - Epreuve n° 5 — PHYSIQUE B (XEULC) · 14 април 2021 г.

Consignes

MERCREDI 14 AVRIL 2021, 08h00 - 12h00

Durée : 4 heures

L’utilisation des calculatrices n’est pas autorisée pour cette épreuve

Условие

Le but de ce problème est d’étudier quelques propriétés mécaniques des cellules biologiques. D’un point de vue physique, une cellule est un objet ’mou’ qui consomme de l’énergie sous forme d’ATP. Il s’agit donc d’un système hors d’équilibre thermodynamique. Nous nous intéresserons ici essentiellement à la caractérisation de la rhéologie cellulaire, c’est-à-dire aux propriétés mécaniques de la cellule. Le formulaire donne les valeurs des paramètres utiles pour les estimations d’ordre de grandeur et les applications numériques ainsi qu’un bref formulaire d’analyse vectorielle et une figure rappelant les caractéristiques d’une ellipse lors d’une étude harmonique.

Les deux dernières parties du problème (III et IV) sont indépendantes des deux premières (I et II). Des résultats intermédiaires au sein des différents paragraphes permettent de progresser dans le sujet.

Notations, formulaire et données numériques

  • Vitesse caractéristique de l’écoulement dans le cytoplasme : u=0,1 μm.s−1u = 0{,}1\ \mu\mathrm{m.s^{-1}}
  • Taille caractéristique d’une cellule : L=10 μmL = 10\ \mu\mathrm{m}
  • Viscosité dynamique du cytoplasme : ηc=1 Pa.s−1\eta_c = 1\ \mathrm{Pa.s^{-1}}
  • Masse volumique du cytoplasme : ρc=1,00×103 kg.m−3\rho_c = 1{,}00 \times 10^{3}\ \mathrm{kg.m^{-3}}
  • Viscosité cinématique du cytoplasme : νc=ηcρc=1×10−3 m2.s−1\nu_c = \dfrac{\eta_c}{\rho_c} = 1 \times 10^{-3}\ \mathrm{m^{2}.s^{-1}}
  • Rayon d’une bille de latex : Rb=1 μmR_\mathrm{b} = 1\ \mu\mathrm{m}
  • Température : T=310 KT = 310\ \mathrm{K}
  • Constante de Boltzmann : kB=1,4×10−23 J⋅K−1k_\mathrm{B} = 1{,}4 \times 10^{-23}\ \mathrm{J \cdot K^{-1}}
  • Expression de l’opérateur laplacien scalaire Δϕ=div(grad→ ϕ)\Delta\phi = \mathrm{div}(\overrightarrow{\mathrm{grad}}\ \phi), où ϕ\phi est un champ scalaire
Deux graphes. a) « Influence du déphasage » : courbes $y=\cos(\omega t+\phi)$ en fonction de $x=\cos(\omega t)$ pour $\phi=\pi$, $2\pi/3$, $\pi/2$, $\pi/3$ et $0$ (segments et ellipses dans le carré $[-1,1]$, axes de $-1{,}5$ à $1{,}5$). b) « Influence de l’amplitude » : courbes $y=\cos(\omega t+\pi/5)$ en fonction de $x=A\cos(\omega t)$ pour $A=0{,}25$ ; $1{,}25$ ; $2$ ; $5$ ; $10$ (axe x de $-15$ à $15$), ellipses de plus en plus inclinées et allongées.
Figure 1 – Caractéristiques d’une ellipse pour une étude harmonique.

I Questions préliminaires et ordres de grandeur

La figure 2 schématise une cellule eucaryote1^{1}. Le problème étudiera les propriétés mécaniques de la cellule entière ou de son cytoplasme. La taille caractéristique de la cellule considérée se situe entre 10 et 100 μ\mum. L’intérieur de la cellule, appelé cytoplasme, est un milieu riche en protéines, compartiments membranaires et filaments du cytosquelette. Du point de vue de la physique de la matière molle, le cytoplasme est un fluide complexe dont les propriétés mécaniques font l’objet du sujet. Les vitesses de déplacements d’objets à l’intérieur du cytoplasme, par exemple les vésicules de transport intracellulaire ou les filaments du cytosquelette qui polymérisent ou dépolymérisent, sont de l’ordre de 0,1 μm.s−10{,}1\ \mu\mathrm{m.s^{-1}}.

Dans cette partie préliminaire, nous supposons que le cytoplasme est un fluide newtonien de masse volumique ρc\rho_c. Nous utiliserons des arguments d’ordre de grandeur, ainsi que les grandeurs sans dimension définies en mécanique des fluides pour simplifier l’étude du cytoplasme.

  • On désigne par v→(r→,t)\overrightarrow{v}(\overrightarrow{r},t) le champ de vitesse du fluide intracellulaire en un point M(r→)\mathrm{M}(\overrightarrow{r}) du cytoplasme et à l’instant tt, dans un repère R=(Oxyz)\mathcal{R} = (\mathrm{O}xyz) associé au référentiel de la cellule, supposé galiléen.

Nous rappelons l’équation de Navier-Stokes pour un écoulement incompressible :

ρcddtv→=f→−grad→ p+ηcΔv→ ,(1)\rho_c \frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t}\overrightarrow{v} = \overrightarrow{f} - \overrightarrow{\mathrm{grad}}\, p + \eta_c \Delta \overrightarrow{v}\ , \qquad (1)

où f→\overrightarrow{f} désigne la résultante des forces volumiques extérieures exercée sur une particule de fluide du cytoplasme, pp est la pression, ηc\eta_c est la viscosité dynamique du cytoplasme. L’écoulement dans le cytoplasme est considéré comme incompressible. L’opérateur Δ\Delta représente l’opérateur laplacien. La dérivée particulaire ddt\dfrac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t} a pour expression :

ddt=∂∂t+v→⋅grad→ .(2)\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t} = \frac{\partial}{\partial t} + \overrightarrow{v} \cdot \overrightarrow{\mathrm{grad}}\ . \qquad (2)

Afin de simplifier l’étude du cytoplasme, il est nécessaire de comparer les effets de différents phénomènes entre eux. Pour cela, nous introduisons des grandeurs sans dimension et différents temps caractéristiques associés à certains phénomènes pour identifier ceux qui sont déterminants dans le comportement mécanique du cytoplasme.

  • On définit le nombre de Reynolds, noté Re, comme le rapport sans dimension entre le terme convectif de la dérivée particulaire et les forces volumiques de viscosité intervenant dans l’équation de Navier-Stokes (ou, de façon équivalente, comme le rapport entre le temps caractéristique de diffusion de la quantité de mouvement et le temps caractéristique de convection).

1^{1} Cellule comportant un noyau et un cytoplasme.

Schéma d’une cellule au contour irrégulier, de taille « 10-100 µm » (flèche double au-dessus), contenant un noyau et des filaments ; légendes « Filaments du cytosquelette », « Noyau », « Cytoplasme ».
Figure 2 – Schéma d’une cellule eucaryote. Les différents compartiments cellulaires évoqués dans l’énoncé sont représentés, ainsi que les échelles de longueurs utilisées.

1. Donner l’expression de Re pour l’écoulement dans le cytoplasme cellulaire en fonction de la dimension caractéristique de l’extension de l’écoulement LL, de la viscosité cinématique νc\nu_\mathrm{c} et de la vitesse caractéristique uu. Donner un ordre de grandeur de Re et conclure sur le rôle du terme convectif dans les écoulements du cytoplasme à l’intérieur de la cellule.

  • Nous supposons que les forces volumiques extérieures et de pression exercées sur une particule de fluide dans le cytoplasme sont négligeables devant les forces volumiques de viscosité.

Pour estimer la contribution du terme inertiel (terme en ∂v⃗/∂t\partial\vec{v}/\partial t dans l’expression de la dérivée particulaire), on définit un temps caractéristique τinertie\tau_\mathrm{inertie} tel que

∣ρc∂v→∂t∣∼ρcuτinertie .\left|\rho_c \frac{\partial \overrightarrow{v}}{\partial t}\right| \sim \rho_c \frac{u}{\tau_\mathrm{inertie}}\ .

2. On fait l’hypothèse que les forces volumiques de viscosité et le terme inertiel dans l’équation de Navier-Stokes sont du même ordre de grandeur. Exprimer τinertie\tau_\mathrm{inertie} en fonction de LL, ρc\rho_c et ηc\eta_c puis calculer numériquement τinertie\tau_\mathrm{inertie}. En comparant τinertie\tau_\mathrm{inertie} avec les temps caractéristiques (supérieurs à la milliseconde) mis en jeu au cours des expériences de rhéologie cellulaire que nous évoquerons dans la suite, justifier le fait que l’on conserve les forces volumiques de viscosité et le terme inertiel dans l’équation de Navier-Stokes.

3. Déduire des approximations et hypothèses précédentes l’équation qui régit la dynamique de l’écoulement cytoplasmique. Rappeler le nom de ce type d’équation et donner une interprétation du coefficient de viscosité cinématique νc\nu_\mathrm{c} relativement à cette équation.

II Suivi de particule unique et viscosité du cytoplasme

On étudie dans cette partie les phénomènes de diffusion dans le cytoplasme cellulaire, considéré comme un fluide newtonien. Les paragraphes préliminaires (II.A, II.B et II.C) abordent quelques modèles simplifiés. Ils nous permettront, à partir d’une étude microscopique de la diffusion de particules d’un gaz, et celle d’une particule en mouvement brownien dans un fluide, de relier le coefficient de diffusion DD d’une particule brownienne à la viscosité dynamique η\eta d’un fluide. Cette relation, appelée relation d’Einstein, s’applique à un fluide newtonien. Elle est à la base d’une méthode de rhéologie passive permettant d’accéder à la viscosité ηc\eta_\mathrm{c} du cytoplasme à partir du suivi d’une particule unique (II.D).

II.A Approche microscopique de la diffusion dans un gaz

On considère un gaz monoatomique, dont les particules ont une masse mm, un rayon rpr_\mathrm{p} et une vitesse moyenne d’agitation thermique v‾\overline{v} (cette vitesse est la vitesse quadratique moyenne définie comme la racine carrée de la moyenne de la vitesse au carré soit v‾=⟨v2⟩\overline{v} = \sqrt{\langle v^2 \rangle}). Le nombre total de particules est noté NN, le volume du gaz est noté VV et sa température thermodynamique est notée TT. Le gaz est considéré à l’équilibre thermique. On notera kBk_\mathrm{B} la constante de Boltzmann, n=N/Vn = N/V le nombre de particules du gaz par unité de volume et ρ=Nm/V=nm\rho = Nm/V = nm sa masse volumique.

On modélise les particules du gaz comme des billes de rayon rpr_\mathrm{p}, qui ne peuvent s’interpénétrer, et qui peuvent subir des collisions entre elles (ce modèle s’appelle le modèle des sphères dures). On note τcol\tau_\mathrm{col} le temps de collision défini comme le temps moyen entre deux collisions successives. La distance moyenne parcourue par une particule entre deux collisions successives subies par la même particule est appelée libre parcours moyen, noté ℓ\ell. Enfin, la section efficace de choc d’une particule, σeff=4πrp2\sigma_\mathrm{eff} = 4\pi r_\mathrm{p}^2, est la surface plane perpendiculaire à la vitesse d’une particule définissant son extension spatiale.

Nous étudions dans ce paragraphe le transport de particules du gaz par diffusion au sein de ce gaz.

Cylindre horizontal de volume V entre les abscisses x-l et x+l (axe gradué x-l, x, x+l) ; section S à gauche ; nombres volumiques n(x-l) et n(x+l) aux extrémités ; flèches de flux $\phi_{N,e}$ entrant à gauche et $\phi_{N,s}$ sortant à droite.
Figure 3 – Modèle à une dimension pour l’approche microscopique de la diffusion de particules dans un gaz.

4. Relier le libre parcours moyen ℓ\ell au temps de collision τcol\tau_\mathrm{col} et à la vitesse v‾\overline{v}. Quel est l’ordre de grandeur du nombre de particules se trouvant en moyenne dans le volume σeffℓ\sigma_\mathrm{eff}\ell ? En déduire que ℓ=cnσeff\ell = \dfrac{c}{n\sigma_\mathrm{eff}}, où cc est une constante numérique. On admettra que c=12c = \dfrac{1}{\sqrt{2}}. On pourra effectuer un schéma pour illustrer le raisonnement.

  • On s’intéresse ici à la diffusion des particules de gaz se déplaçant sous l’effet d’un gradient de nombre de particules par unité de volume n(x)n(x) unidimensionnel. La vitesse des particules est supposée uniforme (indépendante de l’abscisse xx) et égale à la vitesse quadratique moyenne du gaz, v‾\overline{v}. On considère un volume V=2SℓV = 2S\ell de gaz situé entre les abscisses x−ℓx - \ell et x+ℓx + \ell (voir figure 3). Le nombre volumique de particules de gaz à l’abscisse x−ℓx - \ell (resp. x+ℓx + \ell) est notée n(x−ℓ)n(x - \ell) (resp. n(x+ℓ)n(x + \ell)). On note ΦN,e\Phi_{\mathcal{N},e} le flux de particules de gaz à l’abscisse x−ℓx - \ell, par unité de surface SS, entrant dans le volume VV et ΦN,s\Phi_{\mathcal{N},s} le flux de particules de gaz à l’abscisse x+ℓx + \ell, par unité de surface SS, sortant du volume VV.

On suppose que les particules se déplacent dans la direction +x+x et que le nombre de particules par unité de volume n(x)n(x) varie lentement sur des distances de l’ordre de ℓ\ell. S’il entre dNe\mathrm{d}\mathcal{N}_e particules de gaz dans le volume VV à l’abscisse x−ℓx - \ell entre les instants tt et t+dtt + \mathrm{d}t, alors ΦN,e=1SdNedt\Phi_{\mathcal{N},e} = \dfrac{1}{S}\dfrac{\mathrm{d}\mathcal{N}_e}{\mathrm{d}t}. De la même façon, s’il sort dNs\mathrm{d}\mathcal{N}_s particules de gaz du volume VV à l’abscisse x+ℓx + \ell entre les instants tt et t+dtt + \mathrm{d}t, alors ΦN,s=1SdNsdt\Phi_{\mathcal{N},s} = \dfrac{1}{S}\dfrac{\mathrm{d}\mathcal{N}_s}{\mathrm{d}t}.

5. Montrer qu’entre les dates tt et t+dtt + \mathrm{d}t, dNe\mathrm{d}\mathcal{N}_e particules de gaz entrent dans le volume VV et dNs\mathrm{d}\mathcal{N}_s particules de gaz en sortent, avec dNe=Sv‾n(x−ℓ)dt\mathrm{d}\mathcal{N}_e = S\overline{v}n(x-\ell)\mathrm{d}t et dNs=Sv‾n(x+ℓ)dt\mathrm{d}\mathcal{N}_s = S\overline{v}n(x+\ell)\mathrm{d}t. À l’aide d’un bilan portant sur le nombre de particules dans le volume VV, en déduire que le flux de particules par unité de surface dans la direction +x+x défini par ΦN,+x=ΦN,e−ΦN,s\Phi_{\mathcal{N},+x} = \Phi_{\mathcal{N},e} - \Phi_{\mathcal{N},s} s’écrit ΦN,+x=−2v‾ℓdndx\Phi_{\mathcal{N},+x} = -2\overline{v}\ell\dfrac{\mathrm{d}n}{\mathrm{d}x}.

6. En tenant compte des déplacements des particules dans toutes les directions de l’espace, on peut montrer que le flux de particules par unité de surface dans VV est ΦN=16ΦN,x=−13v‾ℓdndx\Phi_{\mathcal{N}} = \dfrac{1}{6}\Phi_{\mathcal{N},x} = -\dfrac{1}{3}\overline{v}\ell\dfrac{\mathrm{d}n}{\mathrm{d}x}. En identifiant la relation précédente à la loi de Fick reliant le flux de particules au gradient de nombre de particules n(x)n(x), montrer que le coefficient de diffusion DD des particules de gaz s’écrit D=13v‾ℓD = \dfrac{1}{3}\overline{v}\ell.

7. À l’aide du théorème d’équipartition de l’énergie : 12mv‾2=32kBT\dfrac{1}{2}m\overline{v}^2 = \dfrac{3}{2}k_\mathrm{B}T, montrer que le coefficient de diffusion DD s’écrit :

D=kBTmτcol .(3)D = \frac{k_\mathrm{B}T}{m}\tau_\mathrm{col}\ . \qquad (3)

II.B Mouvement brownien et modèle de marche au hasard

Nous nous intéressons dans la suite au mouvement brownien d’une particule dans un fluide sous l’effet de l’agitation thermique. Nous allons établir, pour une telle particule, la relation D=Aℓ2τcolD = A\dfrac{\ell^2}{\tau_\mathrm{col}}, où AA est un facteur numérique que nous déterminerons.

Pour décrire le mouvement d’une telle particule soumise à l’agitation thermique, on considère une marche aléatoire dans un espace à trois dimensions de NN pas partant du point A=P0\mathrm{A} = \mathrm{P}_0 fixe et arrivant au point B=PN\mathrm{B} = \mathrm{P}_N, dont la position dépend de la trajectoire suivie (paramétrée par les N+1N + 1 points (P0,P1,…,Pi,…,PN)(\mathrm{P}_0,\mathrm{P}_1,\ldots,\mathrm{P}_i,\ldots,\mathrm{P}_N), avec i=0,1,…,Ni = 0,1,\ldots,N). On note di→\overrightarrow{d_i} le vecteur tel que di→=PiPi+1→\overrightarrow{d_i} = \overrightarrow{\mathrm{P}_i\mathrm{P}_{i+1}}. La suite des vecteurs di→\overrightarrow{d_i}, où l’indice ii prend ici des valeurs entre 0 et N−1N - 1, représente une trajectoire (une réalisation) suivie par la particule entre les points AA et BB fixés (voir figure 4). Les points PiP_i, appelés points de collision, sont les points où la particule change de direction. La durée de parcours entre chaque point de collision est en moyenne égale au temps de collision τcol\tau_\mathrm{col}.

Le temps moyen mis par la particule pour aller de AA à BB est noté tt.

Nous adoptons ci-dessous quelques hypothèses et définissons certaines notations concernant la marche au hasard présentée ci-dessus et schématisée sur la figure 4.

  • La marche au hasard est isotrope : toutes les orientations des vecteurs di→\overrightarrow{d_i} sont équiprobables.
  • La marche au hasard est homogène : chaque point de collision obéit à la même loi de probabilité.
  • On désigne par ⟨f⟩\langle f \rangle la moyenne d’une grandeur f(t)f(t) sur tous les chemins possibles à NN pas, entre A et B. On admet les propriétés suivantes : ddt⟨f⟩=⟨dfdt⟩\dfrac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t}\langle f \rangle = \left\langle \dfrac{\mathrm{d}f}{\mathrm{d}t} \right\rangle et ⟨fg⟩=⟨f⟩⟨g⟩\langle fg \rangle = \langle f \rangle \langle g \rangle si ff et gg sont deux grandeurs indépendantes.
  • On note fˉ\bar{f}, la moyenne temporelle de ff sur un chemin donné entre A et B. L’hypothèse dite d’ergodicité stipule ⟨f⟩=f‾\langle f \rangle = \overline{f}.
  • Nous n’étudions pas le détail des collisions et nous nous limitons aux caractéristiques de la marche aléatoire évoquées ci-dessus.

On désigne par δ→=∑i=0N−1di→=AB→\overrightarrow{\delta} = \displaystyle\sum_{i=0}^{N-1} \overrightarrow{d_i} = \overrightarrow{\mathrm{AB}} un chemin possible pour aller de A à B en effectuant NN pas. La marche aléatoire étant homogène et isotrope, ⟨δ→⟩=0→\left\langle \overrightarrow{\delta} \right\rangle = \overrightarrow{0}, ce qui signifie que B est situé sur une sphère de centre A et de rayon moyen au carré ⟨∥AB→∥2⟩\langle \| \overrightarrow{\mathrm{AB}} \|^2 \rangle.

Trajectoire en ligne brisée partant de A=P0 et arrivant à B=PN, avec le vecteur $\overrightarrow{AB}$ ; points Pi, Pi+1, Pi+2 ; vecteur $\overrightarrow{d_i}=\overrightarrow{P_iP_{i+1}}$ en flèche épaisse et angle $\theta_i$ marqué entre le prolongement pointillé de APi et di.
Figure 4 – Modèle de marche aléatoire à NN pas dans un espace à trois dimensions.

8. Montrer que ⟨APi+12⟩=⟨APi2⟩+⟨di2⟩+⟨2di→.APi→⟩\left\langle \mathrm{AP}_{i+1}^2 \right\rangle = \left\langle \mathrm{AP}_i^2 \right\rangle + \left\langle d_i^2 \right\rangle + \left\langle 2\overrightarrow{d_i}.\overrightarrow{\mathrm{AP}_i} \right\rangle.

9. On note θi\theta_i l’angle entre les vecteurs APi→\overrightarrow{\mathrm{AP}_i} et di→\overrightarrow{d_i} (voir figure 4). Le libre parcours moyen ℓ\ell est ici la valeur moyenne qu’aurait la composante du vecteur di→\overrightarrow{d_i} dans l’une des trois directions de l’espace, repérées par les vecteurs ex→\overrightarrow{e_x}, ey→\overrightarrow{e_y} et ez→\overrightarrow{e_z}, formant une base orthonormée. On a donc ⟨di,x2⟩=⟨di,y2⟩=⟨di,z2⟩=ℓ2\left\langle d_{i,x}^2 \right\rangle = \left\langle d_{i,y}^2 \right\rangle = \left\langle d_{i,z}^2 \right\rangle = \ell^2. En considérant que les variables ∥di→∥\| \overrightarrow{d_i} \|, ∥APi→∥\| \overrightarrow{\mathrm{AP}_i} \| et θi\theta_i sont des grandeurs indépendantes, montrer que ⟨APi+12⟩=⟨APi2⟩+3ℓ2\left\langle \mathrm{AP}_{i+1}^2 \right\rangle = \left\langle \mathrm{AP}_i^2 \right\rangle + 3\ell^2.

10. En déduire que ⟨∥δ→∥2⟩=3Nℓ2\left\langle \| \overrightarrow{\delta} \|^2 \right\rangle = 3N\ell^2.

11. Indiquer la relation entre le temps moyen tt pour aller de A à B, le temps de collision τcol\tau_\mathrm{col} et le nombre de pas de la marche aléatoire NN. En déduire alors l’expression de ⟨∥δ→∥2⟩\left\langle \| \overrightarrow{\delta} \|^2 \right\rangle en fonction de tt, ℓ\ell et τcol\tau_\mathrm{col}.

12. Le coefficient de diffusion de particules à trois dimensions étant défini par ∥δ→∥2‾=6Dt\overline{\| \overrightarrow{\delta} \|^2} = 6Dt, préciser l’expression de DD en fonction du libre parcours moyen ℓ\ell et du temps de collision τcol\tau_\mathrm{col}. Comparer cette expression à celle de DD, obtenue par l’approche microscopique de la diffusion de particules à la question 6.

II.C Particule brownienne mésoscopique et modèle de Langevin

Nous nous intéressons maintenant à une particule brownienne de grandes dimensions devant les dimensions atomiques et se déplaçant dans un fluide à la température TT. Nous utilisons le modèle de Langevin pour établir la relation d’Einstein, reliant le coefficient de diffusion DD de cette particule brownienne et la viscosité dynamique du fluide. Notons que le coefficient de diffusion que nous obtiendrons dans cette situation ne possède pas le même statut que celui du paragraphe II.A, qui décrivait l’auto-diffusion dans un gaz.

On considère des particules sphériques de rayon rpr_\mathrm{p}, de masse mm, se déplaçant à la vitesse V→\overrightarrow{V} dans un liquide de viscosité dynamique η\eta. La position d’une particule au point M est repérée par le vecteur OM→(t)=(x(t),y(t),z(t))\overrightarrow{\mathrm{OM}}(t) = (x(t), y(t), z(t)) dans un système de coordonnées cartésiennes de repère (O,ex→,ey→,ez→)(\mathrm{O}, \overrightarrow{e_x}, \overrightarrow{e_y}, \overrightarrow{e_z}). Les particules sont soumises à :

  • une force de frottement fluide due au liquide, dont l’expression est donnée par la force de Stokes F→η=−6πηrpV→\overrightarrow{F}_\eta = -6\pi\eta r_\mathrm{p}\overrightarrow{V}, avec V→\overrightarrow{V} la vitesse d’une particule ;
  • une force aléatoire f→(t)=(fx,fy,fz)\overrightarrow{f}(t) = (f_x, f_y, f_z) telle que ⟨fx⟩=⟨fy⟩=⟨fz⟩=0\langle f_x \rangle = \langle f_y \rangle = \langle f_z \rangle = 0 (où ⟨…⟩\langle \ldots \rangle désigne la moyenne sur un grand nombre de particules). Cette moyenne est l’analogue de la moyenne sur les chemins possibles, définie précédemment dans le cadre de la marche aléatoire, et possède les mêmes propriétés.

On suppose que l’équilibre thermodynamique est atteint.

13. En utilisant le théorème d’équipartition de l’énergie, déterminer l’expression de ⟨x˙2⟩\langle \dot{x}^2 \rangle, où la notation x˙\dot{x} désigne la dérivée de x(t)x(t) par rapport au temps, composante de la vitesse dans la direction ex→\overrightarrow{e_x}.

14. On suppose que les variables xx et fxf_x sont indépendantes. À partir du principe fondamental de la dynamique appliqué à une particule, établir l’équation différentielle vérifiée par ⟨xx˙⟩\langle x\dot{x} \rangle.

15. Résoudre cette équation différentielle et montrer qu’en régime permanent, on obtient ⟨xx˙⟩=kBT/6πηrp\langle x\dot{x} \rangle = k_\mathrm{B}T/6\pi\eta r_\mathrm{p}. On introduira une durée caractéristique τ\tau et on donnera un critère d’atteinte du régime permanent.

16. En supposant que ⟨x2⟩(t=0)=0\left\langle x^2 \right\rangle (t = 0) = 0 et des durées longues devant τ\tau, montrer que ⟨x2⟩(t)=2Dt\left\langle x^2 \right\rangle (t) = 2Dt et établir la relation d’Einstein

D=kBT6πηrp .(4)D = \frac{k_\mathrm{B}T}{6\pi\eta r_\mathrm{p}}\ . \qquad (4)

II.D Rhéologie passive du cytoplasme cellulaire par suivi de particule unique

Une technique expérimentale de rhéologie passive pour mesurer la viscosité ηc\eta_c du cytoplasme cellulaire consiste à suivre au microscope le déplacement d’une bille de taille micrométrique (rayon RbR_\mathrm{b}), qui a été introduite dans le cytoplasme, au cours du temps (figure 5). La bille est visualisée à intervalles de temps réguliers par vidéomicroscopie. On note Δtmin\Delta t_\mathrm{min} l’intervalle de temps entre deux images (ou temps d’acquisition des images) et NtotN_\mathrm{tot} le nombre total d’images. Un algorithme de suivi de particule unique permet ensuite d’obtenir les coordonnées xb(t)x_\mathrm{b}(t) et yb(t)y_\mathrm{b}(t) du centre de masse de la bille et sa trajectoire en deux dimensions, à une résolution inférieure au pixel de la caméra utilisée. À partir de xb(t)x_\mathrm{b}(t) et yb(t)y_\mathrm{b}(t), on calcule le déplacement quadratique moyen δ2(t)=⟨xb(t)2+yb(t)2⟩\delta^2(t) = \left\langle x_\mathrm{b}(t)^2 + y_\mathrm{b}(t)^2 \right\rangle, à la date t=ti=iΔtmint = t_i = i\Delta t_\mathrm{min} où i=1…Ntoti = 1 \ldots N_\mathrm{tot}.

Même schéma de cellule que la figure 2 (taille « 10-100 µm », légendes « Filaments du cytosquelette », « Noyau », « Cytoplasme ») avec en plus une petite bille grise de diamètre 2Rb dans le cytoplasme.
Figure 5 – Schéma d’une cellule eucaryote en présence d’une bille. Une bille de diamètre 2Rb2R_\mathrm{b} est placée à l’intérieur de la cellule. Elle permet d’étudier les actions mécaniques exercées dans le cytoplasme en jouant le rôle de particule-sonde de l’écoulement dans le cytoplasme.

17. En supposant que le mouvement de la bille dans le cytoplasme est purement diffusif (on notera DD son coefficient de diffusion), représenter graphiquement l’évolution temporelle de δ2(t)\delta^2(t) (de façon qualitative) et expliquer comment la mesure de δ2(t)\delta^2(t) permet d’accéder à la viscosité du cytoplasme ηc\eta_\mathrm{c}.

18. On visualise le déplacement d’une bille de rayon Rb=1 μmR_\mathrm{b} = 1\ \mu\mathrm{m} à 6 images par seconde. Le déplacement quadratique moyen entre deux images est mesuré et on obtient 0,2 pixel. Sachant que les images obtenues sont calibrées à 0,05 μ\mum par pixel, en déduire une estimation numérique du coefficient de diffusion de la bille, puis de la viscosité du cytoplasme.

En pratique, le mouvement de la bille aux temps longs est rarement gouverné par le seul phénomène de diffusion. Certains constituants du cytoplasme peuvent avoir une influence sur le mouvement de la bille et induire une déviation par rapport au mouvement diffusif usuel.

  • Des assemblages moléculaires, appelés moteurs moléculaires, peuvent entraîner la bille à une vitesse moyenne de dérive vˉmot\bar{v}_\mathrm{mot}. Ce phénomène vient s’ajouter au phénomène de diffusion.
  • Les filaments du cytosquelette forment un réseau complexe dont la maille caractéristique est de l’ordre de 50 à 100 nm (Fig. 5). Le mouvement de la bille peut être restreint dans une zone de l’espace de rayon caractéristique RcageR_\mathrm{cage}, à l’intérieur du cytoplasme.

19. Illustrer à l’aide d’un schéma la trajectoire de la bille en présence de moteurs moléculaires. On supposera que le mouvement de dérive à la vitesse vˉmot\bar{v}_\mathrm{mot} dû aux moteurs moléculaires se superpose au mouvement dû à la diffusion, et conduit à un comportement diffusif avec dérive. Établir l’équation donnant δ2(t)\delta^2(t) en fonction de vˉmot\bar{v}_\mathrm{mot}, DD et de tt. Vérifier que le mouvement est bien diffusif sans dérive aux temps courts. Représenter graphiquement, et de façon qualitative, l’évolution temporelle de δ2(t)\delta^2(t) en représentation log-log.

20. Représenter à l’aide d’un schéma la trajectoire de la bille en situation de diffusion confinée dans une zone restreinte de l’espace. Montrer que l’expression δ2(t)=αRcage2[1−exp⁡(−4Dt/Rcage2)]\delta^2(t) = \alpha R_\mathrm{cage}^2 \left[1 - \exp\left(-4Dt/R_\mathrm{cage}^2\right)\right], avec α\alpha un facteur numérique, peut modéliser un comportement où le mouvement de la bille est restreint dans une cage de rayon caractéristique RcageR_\mathrm{cage}. Vérifier que le mouvement est bien diffusif sans confinement aux temps courts. Représenter graphiquement, et de façon qualitative, l’évolution temporelle de δ2(t)\delta^2(t) en représentation log-log.

III Expériences d’indentation et d’élasticité de la cellule

Dans cette partie nous allons nous intéresser aux déformations élastiques de la cellule. Pour cela, nous définissons ici les notions de déformation et de contrainte, notions centrales de la théorie de l’élasticité des matériaux. La déformation ε(t)\varepsilon(t) du matériau est une grandeur sans dimension qui dépend de la géométrie du système physique modélisé. Différentes situations sont représentées sur la figure 6. En général, la déformation ε\varepsilon est égale à ε=x/L\varepsilon = x/L où xx est la distance sur laquelle le matériau est déformé relativement à une longueur caractéristique LL de l’échantillon. La contrainte σ(t)\sigma(t) exercée sur le matériau est définie comme σ=F/S\sigma = F/S où FF est la force qui provoque la déformation appliquée sur une surface SS et homogène à une pression. La déformation et la contrainte sont des grandeurs algébriques.

a) « Extension uniaxiale » : parallélépipède de hauteur L0 (gris) étiré verticalement en un bloc plus haut de hauteur L (noir), force $\vec{F}$ vers le haut, surface S hachurée, repère x, y, z. b) « Cisaillement » : bloc de hauteur L incliné d’un angle θ, face supérieure S déplacée de Δx, force horizontale $\vec{F}$ avec F=σS.
Figure 6 – (a) : Déformation d’un matériau par étirement. (b) : Déformation d’un matériau par cisaillement. (a) Dans le cas d’un étirement uniaxial ΔL=L(t)−L0\Delta L = L(t) - L_0 sous l’effet d’une force verticale, la déformation est ε=ΔL/L0\varepsilon = \Delta L/L_0 et la contrainte est σ=F/S\sigma = F/S où la force d’étirement F⃗\vec{F} est normale à la surface SS. (b) Dans le cas d’un cisaillement horizontal sous l’effet d’une force horizontale, le plan z=0z = 0 est fixe et la déformation est ε=Δx/L\varepsilon = \Delta x/L où Δx\Delta x est le déplacement horizontal du matériau à une hauteur z=Lz = L dans le matériau. La contrainte est σ=F/S\sigma = F/S où la force de cisaillement F⃗\vec{F} est tangentielle à la surface SS. On note θ\theta l’angle d’inclinaison par rapport à la verticale.

III.A Déformations d’un solide élastique

Pour un matériau homogène, linéaire et purement élastique, la déformation est proportionnelle à la contrainte appliquée. On parle alors de solide de Hooke. La constante de proportionnalité entre la contrainte et la déformation est analogue à la constante de raideur kk d’un ressort obéissant à la loi de Hooke F=kΔxF = k\Delta x où Δx\Delta x est l’allongement du ressort et FF la norme de la force de rappel du ressort. Nous étudions dans la suite deux cas particuliers simples de déformations d’un solide élastique pour comprendre quelques éléments de la théorie de l’élasticité.

III.A.a Étirement longitudinal

On considère un cylindre d’axe vertical (Oz)(\mathrm{O}z), de longueur L0L_0 et de rayon r0r_0. On étire le cylindre verticalement selon son axe. Sa longueur augmente et son rayon diminue alors, tels que L=L0+ΔLL = L_0 + \Delta L et r=r0+Δrr = r_0 + \Delta r (voir Figure 7).

« Extension uniaxiale » : à gauche un cylindre de hauteur L0 et de rayon r0, force $\vec{F}$ verticale vers le haut ; une grosse flèche mène à droite à un cylindre plus long et plus mince, de hauteur L0+ΔL et de rayon r0+Δr.
Figure 7 – Cylindre en traction. On étire verticalement un cylindre d’axe vertical, de longueur L0L_0 et de rayon r0r_0. Après étirement, sa longueur est L=L0+ΔLL = L_0 + \Delta L et son rayon est r=r0+Δrr = r_0 + \Delta r.

21. On suppose que le matériau constituant le cylindre est incompressible et donc que le volume du cylindre est conservé. En supposant les déformations petites devant les dimensions du cylindre (∣ΔL∣≪L0|\Delta L| \ll L_0 et ∣Δr∣≪r0|\Delta r| \ll r_0), montrer qu’on a la relation Δrr0=−νΔLL0\dfrac{\Delta r}{r_0} = -\nu\dfrac{\Delta L}{L_0} où ν\nu est une constante dont on déterminera la valeur.

  • Pour un matériau élastique, linéaire et compressible, la relation Δrr0=−νΔLL0\dfrac{\Delta r}{r_0} = -\nu\dfrac{\Delta L}{L_0} est vérifiée et signifie que la déformation du solide dans la direction normale à la contrainte ε⊥=Δrr0\varepsilon_\perp = \dfrac{\Delta r}{r_0} est proportionnelle à la déformation dans la direction parallèle à la contrainte ε∥=ΔLL0\varepsilon_\parallel = \dfrac{\Delta L}{L_0} de sorte que ε⊥=−νε∥\varepsilon_\perp = -\nu\varepsilon_\parallel. Le coefficient ν=−ε⊥ε∥=−Δr/r0ΔL/L0\nu = -\dfrac{\varepsilon_\perp}{\varepsilon_\parallel} = -\dfrac{\Delta r/r_0}{\Delta L/L_0} est appelé coefficient de Poisson du solide et tel que −1≤ν≤1/2-1 \le \nu \le 1/2.

Pour une contrainte unidirectionnelle normale à la surface SS (figures 6 (a) et 7), la linéarité entre contrainte et déformation dans la direction de la contrainte s’écrit σ=Eε∥\sigma = E\varepsilon_\parallel (loi de Hooke) où la constante de proportionnalité EE est appelée module de Young du solide.

22. Déterminer la dimension du module de Young EE.

23. On considère un cylindre élastique, linéaire et compressible, de coefficient de Poisson ν\nu soumis à la même contrainte d’extension verticale. On suppose toujours que les déformations sont petites devant les dimensions du cylindre. Montrer que la variation relative de volume du cylindre ΔVV0\dfrac{\Delta V}{V_0} est reliée à la contrainte appliquée σ\sigma par la relation ΔVV0=1−2νEσ\dfrac{\Delta V}{V_0} = \dfrac{1 - 2\nu}{E}\sigma où V0V_0 est le volume du cylindre avant extension.

III.A.b Contrainte de cisaillement

On considère un solide de forme parallélépipédique soumis à une contrainte de cisaillement (Figure 6 (b)). Dans ce cas, avec les notations de la figure 6 (b), la contrainte est tangentielle à la surface SS et la déformation dans la direction de la contrainte est ε∥=Δx/L=tan⁡θ\varepsilon_\parallel = \Delta x/L = \tan\theta. Pour de petites déformations, la linéarité entre contrainte et déformation dans la direction de la contrainte se traduit par σ=Gε∥\sigma = G\varepsilon_\parallel (la loi de Hooke pour le cisaillement) où la constante de proportionnalité GG est appelée module de cisaillement du solide. La théorie de l’élasticité montre que le module de cisaillement s’écrit en fonction du module de Young et du coefficient de Poisson selon l’expression

G=E2(1+ν) .(5)G = \frac{E}{2(1 + \nu)}\ . \qquad (5)
« Torsion » : cylindre vertical de longueur L, vecteur $\vec{e}_z$ selon l’axe ; « moment de torsion $\vec{M}$ » vers le haut ; sur le plan supérieur, centre O, rayon R, élément dS à la distance r, force $\vec{dF}$ et angle φ ; génératrice inclinée d’un angle θ ; légendes « plan supérieur : rotation d'angle φ » et « plan inférieur : fixe ».
Figure 8 – Cylindre sollicité en torsion. La surface supérieure d’un cylindre de longueur LL et de rayon RR subit une rotation d’angle φ\varphi par rapport à la surface inférieure du cylindre qui reste fixe. Le moment de torsion crée une contrainte de cisaillement dans le matériau.

24. Pour une petite déformation (∣Δx∣≪L|\Delta x| \ll L), montrer que le module de cisaillement s’écrit G=FSθG = \dfrac{F}{S\theta}, où θ\theta est l’angle d’inclinaison du solide par rapport à la verticale, défini sur la figure 6 (b).

  • Un exemple classique de cisaillement pur est donné par la torsion d’un fil cylindrique (fil de torsion). On considère un fil élastique assimilé à un cylindre de rayon RR , de longueur LL (avec L≫RL \gg R), d’axe vertical (Oz)(\mathrm{O}z) soumis à un moment de torsion M→\overrightarrow{\mathcal{M}} de direction parallèle à l’axe du cylindre. Le plan supérieur du cylindre tourne alors d’un angle φ\varphi, supposé petit, par rapport au plan inférieur qui reste fixe (Figure 8). On note ez→\overrightarrow{e_z} le vecteur unitaire vertical. On appelle ici O le point d’intersection entre l’axe du cylindre et le plan supérieur du cylindre.

25. Montrer qu’un élément de surface dS\mathrm{d}S du plan supérieur du cylindre situé à la distance rr de l’axe du cylindre subit une déformation ε(r)=rLφ\varepsilon(r) = \dfrac{r}{L}\varphi selon la direction orthoradiale.

26. À partir de la loi de Hooke pour le cisaillement et de la définition de la contrainte, déduire l’expression de la norme dF\mathrm{d}F de la force tangentielle dF→\overrightarrow{\mathrm{d}F} qui s’exerce sur l’élément de surface dS\mathrm{d}S en fonction de GG, rr, LL, φ\varphi, et dS\mathrm{d}S.

27. Exprimer le moment de torsion M→\overrightarrow{\mathcal{M}} dû aux forces de cisaillement et montrer qu’il se met sous la forme M→=Cφez→\overrightarrow{\mathcal{M}} = C\varphi\overrightarrow{e_z} où la raideur du fil de torsion CC est une constante (appelée constante de torsion) qu’on déterminera en fonction de GG, RR et LL.

III.B Indendation par pointe AFM (Atomic Force Microscope)

Une technique expérimentale permettant de sonder les propriétés mécaniques des cellules consiste à indenter (c’est-à-dire déformer localement) la cellule à l’aide d’une pointe de microscope à force atomique (AFM pour ’atomic force microscope’). Les figures 9 et 10 représentent, respectivement, le principe et les résultats d’une expérience d’indentation d’une cellule par une pointe AFM pyramidale. La géométrie de la pointe d’AFM joue un rôle important et détermine le comportement de la force F(δ)F(\delta) appliquée sur la cellule en fonction de l’indentation, notée δ\delta. On réalise la déformation en restant dans le régime élastique de la cellule (déformation réversible). La pointe AFM est le plus souvent une pyramide à base carrée et, dans ce cas, la dépendance de la force F(δ)F(\delta) n’est plus linéaire en fonction de l’indentation, à la différence des exemples abordés au paragraphe III.A. La force varie alors en δ2\delta^2 et s’exprime de la manière suivante :

F(δ)=C E∗δ2 ,(6)F(\delta) = C\, E^*\delta^2\ , \qquad (6)

où CC est une constante numérique dépendant de la pointe AFM et E∗=E1−ν2E^* = \dfrac{E}{1 - \nu^2} est appelé module de Young effectif.

Lors de l’expérience d’indentation, la pointe AFM est déplacée verticalement selon l’axe (Oz)(\mathrm{O}z) vers le bas grâce à un levier flexible dont la raideur est modélisée par une constante de raideur kAFMk_{AFM} et dont la hauteur zz à son extrémité est imposée par le déplacement d’un système piézo-électrique.

On note ζ\zeta la distance verticale entre la pointe et l’extrémité du levier (aussi appelée déflexion du levier). Au début de l’expérience (t=0t = 0), la base de la pointe affleure la cellule sans l’indenter, et l’extrémité du levier et le haut de la pointe sont alignés de sorte que ζ(0)=z(0)=δ=0\zeta(0) = z(0) = \delta = 0 (voir figure 9). Lorsqu’on indente la cellule (t>0t > 0), la force F(δ)F(\delta) et l’indentation δ\delta augmentent. On suppose que la force exercée par le levier sur la pointe est celle d’un ressort de constante de raideur kAFMk_{AFM} et d’allongement ζ\zeta. On donne les caractéristiques suivantes de la pointe et du levier : C=0,5C = 0{,}5 et kAFM=0,1 N.m−1k_{AFM} = 0{,}1\ \mathrm{N.m^{-1}}.

L’indentation est effectuée à l’aide d’un déplacement du levier à vitesse constante et mesurée grâce à une méthode optique. Une photodiode permet de repérer la position d’un point lumineux issu de la réflexion d’un faisceau laser sur un miroir placé sur la pointe. On néglige les éventuels frottements exercés par le milieu extracellulaire sur la pointe et le levier dans cette expérience.

À gauche : repère x, y, z (z vers le bas) ; « Laser » réfléchi par un « Miroir » vers une « Photodiode » ; « Levier » horizontal à t=0 et fléchi à t>0 ; « Pointe AFM » pyramidale exerçant une force F sur une « Cellule » dans le « Milieu extracellulaire », indentation δ. À droite : détail du levier à t=0 et t>0, indentation δ, déflexion ζ, axe vertical z gradué 0 et z(t).
Figure 9 – Schéma de principe d’une expérience d’indentation d’une cellule par une pointe AFM. Les schémas représentent l’expérience vue de profil (axe vertical (Oz)(\mathrm{O}z) dirigé vers le bas) à l’instant initial t=0t = 0 où le levier est horizontal et à un instant t>0t > 0 au cours de l’indentation où le levier est défléchi. Lorsque le levier est abaissé, la pointe indente la cellule et le levier fléchit. L’extrémité du levier est repérée par sa position verticale zz. L’indentation δ\delta correspond à la position verticale de la pointe. La déflexion du levier est notée ζ\zeta.
Deux graphes « Force F (nN) » (de −1 à 3) en fonction de « Indentation δ (µm) » (de −0,5 à 2). À gauche : courbe 1 (rouge) atteignant environ 2,2 nN à 2 µm et courbe 2 (bleue) atteignant environ 1 nN à 2 µm, toutes deux nulles jusqu’à environ 0,3 µm. À droite : courbe d’aller (trait plein) montant jusqu’à environ 2,3 nN vers 1,15 µm et courbe de retour (tirets) plus basse, descendant sous zéro avant de revenir à 0.
Figure 10 – Résultats d’une expérience d’indentation d’une cellule par une pointe AFM. Graphe de gauche : courbes force-indentation F(δ)F(\delta) pour deux cellules différentes (courbes 1 et 2 respectivement). Graphe de droite : expérience où la cellule est d’abord indentée jusqu’à 1 μm1\ \mu\mathrm{m} environ en descendant le levier puis en remontant le levier.

28. Expliquer, synthétiquement, comment on peut déduire la force FF appliquée sur la cellule à partir de la mesure de la position de l’extrémité du levier et de la position de la pointe.

29. La figure 10 (graphe de gauche) représente les courbes d’indentation F(δ)F(\delta) pour deux cellules différentes correspondant aux courbes 1 et 2 respectivement. Déterminer en exploitant la figure quelle cellule sera la plus déformable. Donner une estimation numérique du module de Young effectif E∗E^* des deux cellules.

30. On effectue une expérience d’indentation jusqu’à 1 μ\mum environ puis on retire la pointe (voir figure 10, graphe de droite). Proposer une explication permettant de comprendre le comportement quasi-statique observé et analyser le rôle éventuel de la dissipation visqueuse.

III.C Oscillations de la pointe AFM et réponse harmonique

On utilise le dispositif expérimental, décrit au paragraphe précédent (figure 9), dans lequel on fait osciller la pointe AFM pour indenter la cellule de manière périodique. L’évolution temporelle du déplacement piézoélectrique du levier est z(t)=z0+z1cos⁡(ωt+φz)z(t) = z_0 + z_1\cos(\omega t + \varphi_z) où z0z_0 est la position moyenne du levier, z1z_1 l’amplitude des oscillations, ω\omega la pulsation et φz\varphi_z la phase. On suppose que l’amplitude des oscillations z1z_1 est petite devant la position moyenne z0z_0. Dans ces conditions, l’indentation δ\delta et la force FF sont également périodiques de pulsation ω\omega et leurs évolutions sont données par : δ(t)=δ0+δ1cos⁡(ωt+φδ)\delta(t) = \delta_0 + \delta_1\cos(\omega t + \varphi_\delta) et F(t)=F0+F1cos⁡(ωt+φF)F(t) = F_0 + F_1\cos(\omega t + \varphi_F). Nous rappelons que la pointe AFM est pyramidale et donc F(δ)=CE∗δ2F(\delta) = CE^*\delta^2. Les valeurs moyennes de FF et δ\delta sont telles que F(δ0)=F0F(\delta_0) = F_0.

Graphe « Force F (nN) » (de −0,4 à 0,4) en fonction de « Indentation δ (nm) » (de −40 à 40) : quatre ellipses centrées à l’origine, étiquetées 0,1 Hz, 1 Hz, 10 Hz et 100 Hz ; plus la fréquence est élevée, plus l’ellipse est redressée et large.
Figure 11 – Réponse harmonique dans une expérience d’oscillations à faible amplitude de la pointe AFM. Courbes représentant la force FF en fonction de l’indentation δ\delta à des fréquences d’oscillations variant entre 0,1 et 100 Hz.

31. En linéarisant l’expression de F(δ)F(\delta) aux petites amplitudes d’oscillations, exprimer F(δ)−F0F(\delta) - F_0 en fonction de δ−δ0\delta - \delta_0, CC, E∗E^* et δ0\delta_0.

32. En utilisant l’expression du module de cisaillement G=E2(1+ν)G = \dfrac{E}{2(1 + \nu)}, vue au paragraphe III.A, et en exprimant E∗E^* en fonction de GG, déduire de la question précédente l’expression du module de cisaillement GG de la cellule en fonction de δ0\delta_0, CC, ν\nu, F−F0F - F_0, et δ−δ0\delta - \delta_0.

On introduit les notations complexes suivantes F‾(ω)\underline{F}(\omega) et δ‾(ω)\underline{\delta}(\omega) associées à F−F0F - F_0 et δ−δ0\delta - \delta_0 telles que :

F‾(ω)=F1ei(ωt+φF)etδ‾(ω)=δ1ei(ωt+φδ) ,F1, δ1∈R+ .(7)\underline{F}(\omega) = F_1 e^{\mathrm{i}(\omega t + \varphi_F)} \qquad \mathrm{et} \qquad \underline{\delta}(\omega) = \delta_1 e^{\mathrm{i}(\omega t + \varphi_\delta)}\ , \qquad F_1,\, \delta_1 \in \mathbb{R}^+\ . \qquad (7)

Le module de cisaillement complexe G‾(ω)\underline{G}(\omega) est défini par G‾(ω)=(1−ν)4Cδ0F‾(ω)δ‾(ω)\underline{G}(\omega) = \dfrac{(1 - \nu)}{4C\delta_0}\dfrac{\underline{F}(\omega)}{\underline{\delta}(\omega)}. On peut alors écrire une relation linéaire entre les grandeurs complexes F‾(ω)\underline{F}(\omega) et δ‾(ω)\underline{\delta}(\omega), en introduisant une grandeur Z‾(ω)\underline{Z}(\omega) analogue à une impédance électrique, telle que :

Z‾(ω)=F‾(ω)δ‾(ω)=4Cδ01−ν G‾(ω) .(8)\underline{Z}(\omega) = \frac{\underline{F}(\omega)}{\underline{\delta}(\omega)} = \frac{4C\delta_0}{1 - \nu}\,\underline{G}(\omega)\ . \qquad (8)

Le module de cisaillement G‾(ω)\underline{G}(\omega) comporte une partie réelle, notée G′(ω)G'(\omega), et une partie imaginaire, notée G′′(ω)G''(\omega).

33. En interprétant l’expression F‾(ω)=(Re(Z‾(ω))+iω Im(Z‾(ω)ω))δ‾(ω)\underline{F}(\omega) = \left(\mathrm{Re}(\underline{Z}(\omega)) + i\omega\,\mathrm{Im}\left(\dfrac{\underline{Z}(\omega)}{\omega}\right)\right)\underline{\delta}(\omega) comme une relation entre la force FF, l’indentation δ\delta et la dérivée de δ\delta par rapport au temps, proposer une interprétation physique des parties réelle et imaginaire de G‾(ω)\underline{G}(\omega). Déterminer le déphasage φ\varphi entre F‾(ω)\underline{F}(\omega) et δ‾(ω)\underline{\delta}(\omega) en fonction de G′(ω)G'(\omega) et G′′(ω)G''(\omega) et discuter les cas φ=0\varphi = 0 et φ=π/2\varphi = \pi/2.

34. La figure 11 représente les résultats expérimentaux d’une expérience d’oscillations d’une pointe AFM pour une amplitude d’oscillation de 50 nm à différentes fréquences. Interpréter le tracé de la force FF en fonction de l’indentation δ\delta. Discuter notamment l’évolution de la direction du demi-grand axe des ellipses observées ainsi que leur largeur, en fonction de la fréquence des oscillations. On pourra s’appuyer sur la figure 1 en préambule du sujet.

IV Modèles visco-élastiques du cytoplasme cellulaire

La cellule et son cytoplasme ont à la fois des caractéristiques mécaniques d’un solide élastique (solide de Hooke) et d’un fluide visqueux (fluide newtonien). Ce sont donc des milieux visco-élastiques. Nous introduisons ici les modèles visco-élastiques les plus couramment utilisés en mécanique cellulaire. À partir de la déformation ε(t)\varepsilon(t) du matériau et de la contrainte σ(t)\sigma(t) appliquée au matériau (définies au paragraphe III et sur la figure 6), on définit le module de cisaillement par G(t)=σ(t)ε(t)G(t) = \dfrac{\sigma(t)}{\varepsilon(t)}.

Pour caractériser un matériau visco-élastique, on utilise :

  • l’expérience dite de fluage où on impose une contrainte constante σ(t)=σ0=Cte‾\sigma(t) = \sigma_0 = \mathrm{C^{\underline{te}}} et on mesure la déformation en fonction du temps ε(t)\varepsilon(t) ;
  • l’expérience de dynamique oscillatoire où la déformation et la contrainte oscillent de façon harmonique à la pulsation ω\omega, ε(t)=ε0cos⁡(ωt)\varepsilon(t) = \varepsilon_0\cos(\omega t) et σ(t)=σ0cos⁡(ωt+φ)\sigma(t) = \sigma_0\cos(\omega t + \varphi), où φ\varphi est le déphasage entre la contrainte et la déformation.

Dans cette partie, nous étudierons d’abord les propriétés des deux éléments de base, le solide de Hooke (représenté par un élément élastique analogue à un ressort de module de Young EE) et le fluide newtonien (représenté par un élément visqueux analogue à un amortisseur fluide de viscosité η\eta) (paragraphes IV.A et IV.B) avant de les combiner dans le modèle visco-élastique de Kelvin-Voigt (paragraphe IV.C) qui associe un élément élastique et un élément visqueux en parallèle (Figure 12).

Trois cadres. « Elément élastique (solide de Hooke) » : ressort, « Module d'Young E », $\sigma_\mathrm{el}=E\varepsilon_\mathrm{el}$. « Elément visqueux (fluide newtonien) » : amortisseur, « Viscosité η », $\sigma_\mathrm{visc}=\eta\dot{\varepsilon}_\mathrm{visc}$. « Modèle de Kelvin-Voigt » : ressort E et amortisseur η en parallèle entre deux bornes, accolade « matériau visco-élastique ».
Figure 12 – Éléments de base pour la modélisation d’un matériau visco-élastique linéaire. De gauche à droite, sont représentés : un élément élastique (solide de Hooke de module de Young EE), un élément visqueux (fluide newtonien de viscosité η\eta) et une association en parallèle de ces deux éléments dans le modèle de Kelvin-Voigt.

IV.A Cas élémentaires : solide de Hooke et fluide newtonien

  • Nous rappelons qu’un solide de Hooke obéit à la loi du même nom : σ=Eε\sigma = E\varepsilon.

35. Nous étudions la réponse du solide de Hooke dans une expérience de fluage. On considère un échelon de contrainte, qui a pour expression σ(t)=σ0=Cte‾\sigma(t) = \sigma_0 = \mathrm{C^{\underline{te}}} pour toute date t>0t > 0. Déterminer l’expression de ε(t)\varepsilon(t).

  • Un fluide newtonien est un matériau purement visqueux. Il est caractérisé par sa viscosité η\eta. On peut montrer que la contrainte σ\sigma est proportionnelle au taux de déformation ε˙=dεdt\dot{\varepsilon} = \dfrac{\mathrm{d}\varepsilon}{\mathrm{d}t}, telle que σ=ηε˙\sigma = \eta\dot{\varepsilon}.

36. Dans le cadre d’une expérience de fluage, on soumet le fluide newtonien à un échelon de contrainte (σ(t)=σ0\sigma(t) = \sigma_0 pour tout temps t>0t > 0). Déterminer l’expression de ε(t)\varepsilon(t), en supposant la déformation du fluide nulle à t=0t = 0.

IV.B Cas harmonique et aspects énergétiques

On considère maintenant un matériau visco-élastique soumis à une sollicitation où la déformation et la contrainte oscillent à la pulsation ω\omega. On utilise la notation complexe : ε‾=ε0eiωt\underline{\varepsilon} = \varepsilon_0 e^{\mathrm{i}\omega t} et σ‾=σ0ei(ωt+φ)=σ0eiφeiωt\underline{\sigma} = \sigma_0 e^{\mathrm{i}(\omega t + \varphi)} = \sigma_0 e^{\mathrm{i}\varphi}e^{\mathrm{i}\omega t}, où ε0∈R\varepsilon_0 \in \mathbb{R} et σ0∈R\sigma_0 \in \mathbb{R}. Le module de cisaillement complexe est G‾=σ‾/ε‾=G′+iG′′\underline{G} = \underline{\sigma}/\underline{\varepsilon} = G' + \mathrm{i}G'', avec G′=Re(G‾)G' = \mathrm{Re}(\underline{G}) et G′′=Im(G‾)G'' = \mathrm{Im}(\underline{G}). On note G0=∣G‾∣G_0 = |\underline{G}| le module de G‾\underline{G}.

37. Déterminer l’expression de G‾\underline{G} pour un solide de Hooke d’une part, puis pour un fluide newtonien d’autre part. En déduire G′G', G′′G'', G0G_0 et le déphasage φ\varphi pour un solide de Hooke puis pour un fluide newtonien.

38. Définir le travail élémentaire par unité de volume δw\delta w fourni par une contrainte σ\sigma au cours d’une déformation infinitésimale dε\mathrm{d}\varepsilon.

39. Déterminer δw\delta w dans le cas où ε(t)=ε0cos⁡(ωt)\varepsilon(t) = \varepsilon_0\cos(\omega t) et σ(t)=σ0cos⁡(ωt+φ)\sigma(t) = \sigma_0\cos(\omega t + \varphi) . On mettra l’expression de δw\delta w sous la forme suivante : δw=δw1+δw2\delta w = \delta w_1 + \delta w_2, avec δw1=−ωσ0ε0cos⁡φcos⁡ωtsin⁡ωt dt\delta w_1 = -\omega\sigma_0\varepsilon_0\cos\varphi\cos\omega t\sin\omega t\,\mathrm{d}t et δw2=ωσ0ε0sin⁡φsin⁡2ωt dt\delta w_2 = \omega\sigma_0\varepsilon_0\sin\varphi\sin^2\omega t\,\mathrm{d}t.

40. Exprimer l’énergie volumique de déformation wTw_T fournie à l’unité de volume sur une période T=2πωT = \dfrac{2\pi}{\omega} en fonction de ε0\varepsilon_0, σ0\sigma_0 et φ\varphi. En déduire wTw_T pour un solide de Hooke, puis pour un fluide newtonien. Proposer une interprétation de wTw_T pour un matériau visco-élastique linéaire.

41. Exprimer l’énergie volumique w1, T/4w_{1,\,T/4}, due à δw1\delta w_1, fournie à l’unité de volume sur un quart de période T/4T/4 et définie par : w1, T/4=∫0T/4δw1w_{1,\,T/4} = \int_0^{T/4}\delta w_1. En déduire w1, T/4w_{1,\,T/4} pour un solide de Hooke et pour un fluide newtonien. Proposer une interprétation de w1, T/4w_{1,\,T/4} pour un matériau visco-élastique linéaire.

42. À partir des questions 40 et 41, déterminer tan⁡φ\tan\varphi et en donner une signification à partir de grandeurs énergétiques pour un matériau visco-élastique linéaire.

IV.C Modèles de Kelvin-Voigt d’un fluide visco-élastique

Le modèle de Kelvin-Voigt est un des modèles les plus élémentaires décrivant le comportement d’un matériau visco-élastique linéaire. Il combine les propriétés d’un solide de Hooke et d’un fluide newtonien.

La figure 12 représente le modèle de Kelvin-Voigt sous la forme d’un ressort et d’un amortisseur associés en parallèle et avec les propriétés suivantes :

  • le ressort est un élément élastique de module de Young EE, soumis à la contrainte σel\sigma_\mathrm{el}, et subissant la déformation εel\varepsilon_\mathrm{el} ;
  • l’amortisseur est un élément visqueux de viscosité η\eta, de contrainte σvisc\sigma_\mathrm{visc}, et de déformation εvisc\varepsilon_\mathrm{visc}.

43. Établir l’expression de la déformation εKV\varepsilon_\mathrm{KV} et de la contrainte σKV\sigma_\mathrm{KV} en fonction des paramètres du ressort et de l’amortisseur.

44. Établir l’équation différentielle vérifiée par la contrainte σKV\sigma_\mathrm{KV} et la déformation εKV\varepsilon_\mathrm{KV} du matériau visco-élastique. On fera apparaître un temps de relaxation τ=ηE\tau = \dfrac{\eta}{E}.

45. Dans le cas d’une expérience de fluage (échelon de contrainte σKV(t>0)=σ0\sigma_\mathrm{KV}(t > 0) = \sigma_0), déterminer l’évolution de la déformation εKV(t)\varepsilon_\mathrm{KV}(t) en résolvant l’équation différentielle de la question 44 et en prenant comme condition initiale εKV(t=0)=0\varepsilon_\mathrm{KV}(t = 0) = 0. Donner l’allure graphique de σKV(t)\sigma_\mathrm{KV}(t) et εKV(t)\varepsilon_\mathrm{KV}(t).

46. Dans le cas d’une déformation et d’une contrainte harmoniques, établir l’équation algébrique, associée à l’équation différentielle de la question 44, à l’aide des notations complexes introduites au paragraphe IV.B. En déduire l’expression du module de cisaillement complexe G‾KV(ω)\underline{G}_\mathrm{KV}(\omega), puis les expressions de GKV′(ω)G'_\mathrm{KV}(\omega), GKV′′(ω)G''_\mathrm{KV}(\omega) et φKV(ω)\varphi_\mathrm{KV}(\omega) en fonction de ω\omega, EE et τ\tau.

47. Donner l’allure graphique de GKV′G'_\mathrm{KV} et GKV′′G''_\mathrm{KV}. On fera apparaître une pulsation caractéristique ωc\omega_c et on analysera les régimes asymptotiques. Discuter le comportement aux temps longs (basses fréquences) et aux temps courts (hautes fréquences) du matériau visco-élastique dans le modèle de Kelvin-Voigt et comparer au solide élastique et au fluide newtonien.

48. À l’aide des résultats des expériences d’indentation par une pointe AFM en réponse harmonique présentés sur la figure 11 (partie III.C, question 34), discuter la validité du modèle de Kelvin-Voigt pour appréhender le comportement mécanique d’une cellule. On pourra s’appuyer sur l’évolution des caractéristiques des ellipses observées dans les expériences en fonction de la fréquence.

Решение

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